Le coût de construction d’une route se mesure en euros (ou dollars) par kilomètre. Ce ratio dépend du terrain, du type d’ouvrage (tunnel, viaduc, digue) et des contraintes environnementales. Selon ce critère, la route la plus chère du monde se trouve en France, sur l’île de La Réunion : la Nouvelle route du Littoral, couramment appelée NRL.
Nouvelle route du Littoral à La Réunion : pourquoi un tel coût
La NRL relie Saint-Denis, chef-lieu de l’île, à la commune de La Possession, sur une distance de 12,5 kilomètres. Le projet initial prévoyait un budget de plusieurs milliards d’euros, mais les surcoûts successifs ont propulsé le chantier dans une catégorie à part.
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Le tracé longe la côte nord-ouest de La Réunion, une zone exposée aux houles cycloniques, aux chutes de blocs rocheux et à des conditions marines agressives. Construire une route en mer ou à flanc de falaise dans cet environnement impose des ouvrages exceptionnels.
Le projet combine deux types de structures :
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- Un viaduc en mer de plusieurs kilomètres, posé sur des piles enfoncées dans le fond marin, conçu pour résister aux houles de forte intensité.
- Une digue littorale constituée de milliers de blocs de roche, qui complète le tracé là où le viaduc n’a pas été prolongé.
- Des raccordements routiers aux deux extrémités, intégrant échangeurs et voies d’insertion dans le réseau existant de la région.
La première phase du chantier a ouvert dans le sens nord-sud en août 2022, puis dans le sens sud-nord en mars 2023. La seconde phase, qui doit achever l’ensemble de l’ouvrage, est annoncée pour 2030.

Coût au kilomètre de la NRL : un record mondial documenté
Ce qui distingue la NRL des autres grands chantiers routiers, c’est le prix rapporté à chaque kilomètre. Avec un budget global de plusieurs milliards d’euros pour 12,5 km, le coût au kilomètre dépasse largement celui de toute autre route connue.
À titre de comparaison, l’autoroute reliant l’aéroport d’Entebbe à Kampala, en Ouganda, est parfois citée comme l’une des plus chères d’Afrique. Sa construction a coûté 476 millions de dollars pour 51 km, soit environ 9,2 millions de dollars par kilomètre. Ce chiffre, déjà bien au-dessus de la moyenne mondiale estimée à 2 millions de dollars par kilomètre, reste très inférieur au ratio de la NRL.
La route d’accès aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi (Russie, 2014) figure aussi parmi les références fréquemment mentionnées pour ses dépassements budgétaires. Aucune de ces infrastructures n’atteint le niveau de dépense au kilomètre enregistré à La Réunion.
Contentieux financiers entre la Région et les constructeurs
Le coût final de la NRL ne se résume pas au budget voté. Les litiges entre la Région Réunion et les entreprises chargées du chantier ont ajouté une couche de complexité financière rarement abordée dans les comparatifs internationaux.
Le groupement Bouygues/Vinci a réclamé 971 millions d’euros supplémentaires, décomposés en 726 millions de réclamations et 245 millions d’intérêts moratoires. Ces sommes venaient s’ajouter aux montants déjà facturés à la collectivité.
Le tribunal administratif a tranché en faveur de la Région sur la quasi-totalité des demandes. Seuls environ 12 millions d’euros ont été accordés pour le viaduc et 123 000 euros pour les digues, soit près de 1 % des prétentions initiales du groupement. Le tribunal a également reconnu près de 10 millions d’euros de pénalités de retard dues par les constructeurs.
Ce dénouement judiciaire montre que le coût réel d’un projet routier ne se fige pas à la signature du marché. Les réclamations post-chantier peuvent théoriquement doubler la facture, même si, dans le cas de la NRL, la collectivité a obtenu gain de cause.

Route la plus chère du monde : ce que ce titre signifie vraiment
Le qualificatif de « route la plus chère du monde » mérite une lecture prudente. Il porte sur le coût de construction au kilomètre, pas sur le budget total d’un réseau routier national ou d’un programme d’autoroutes.
Coût de construction et coût d’usage
Certains pays facturent des péages élevés ou imposent l’achat de vignettes autoroutières (Autriche, Suisse). Ces frais d’usage n’ont rien à voir avec le coût de construction initial. Une autoroute bon marché à bâtir peut devenir très coûteuse pour l’automobiliste, et inversement.
Facteurs qui gonflent la facture d’un chantier routier
Plusieurs paramètres expliquent les écarts de coût entre projets :
- Le type de terrain (montagne, littoral, zone sismique) impose des fondations et des structures spécifiques.
- La longueur et la nature des ouvrages d’art (viaduc, tunnel, pont) représentent la part la plus lourde du budget.
- Les normes environnementales et les études d’impact allongent les délais et augmentent les coûts indirects.
- Les aléas de chantier (retards, contentieux, modifications de tracé) peuvent faire dériver le budget bien au-delà des prévisions initiales.
La NRL cumule tous ces facteurs : ouvrage en mer, terrain volcanique, exposition cyclonique, normes européennes strictes et contentieux prolongés avec les entreprises titulaires du marché.
La France détient donc ce record par l’intermédiaire de son département d’outre-mer. La Réunion concentre sur 12,5 kilomètres un niveau de dépense que même les plus grands projets autoroutiers continentaux n’ont pas atteint au kilomètre. Le chantier reste inachevé, et l’addition finale dépendra de la phase 2, dont la livraison n’est pas attendue avant la fin de la décennie.